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Une expertise CCI à la valeur renforcée : Analyse de l'arrêt du 9 avril 2025

Temps de lecture: environ 3 min.
En résumé, ce qu'il faut retenir :
Cet arrêt de la Cour de cassation du 9 avril 2025 confère un statut juridique renforcé aux expertises réalisées par les commissions de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux (CCI). Contrairement aux expertises amiables classiques qui ne peuvent fonder seules une décision judiciaire, l'expertise CCI bénéficie désormais d'une valeur probante particulière en raison des garanties prévues par les articles 1142-9 et suivants du Code de la santé publique. Cette évolution jurisprudentielle soulève néanmoins des questions pratiques importantes, notamment l'absence de pré-rapport dans la procédure CCI qui limite les possibilités pour les parties de formuler des observations avant le dépôt du rapport définitif, ainsi que les conséquences pour l'ONIAM qui, bien que membre de la commission, n'assiste pas aux expertises et pourrait voir ses demandes de contre-expertise systématiquement refusées.
Sommaire :

Le nouveau statut juridique de l'expertise CCI devant le juge

Cet arrêt de la première chambre civile vient renforcer la valeur probante des expertises diligentées par les commissions de conciliation et d’indemnisation des accidents médicaux.

Ces commissions, créées par la loi Kouchner, rendent un avis en matière de responsabilité médicale après avoir sollicité une expertise médicale.

Ces avis, contrairement aux jugements des tribunaux, n’ont pas force exécutoire.

Pour autant, la question se pose de la valeur des expertises diligentées dans le cadre de ces procédures spécifiques.

La Cour de cassation avait déjà considéré que ces expertises, diligentées dans un cadre amiable, pouvaient parfaitement être produites devant le juge.

Cependant, elle considérait jusqu’alors que les juges ne pouvaient pas statuer sur la base d’une seule expertise amiable réalisée à la demande d’une des parties.

Dans ce nouvel arrêt, la Cour de cassation vient donner un statut particulier à l’expertise CCI.

Elle considère en effet que, contrairement aux expertises non judiciaires, l’expertise CCI peut, à elle seule, fonder une décision judiciaire compte tenu des conditions et garanties posées par les articles 1142‑9 et suivants du Code de la santé publique.

Les conséquences pratiques de cette décision pour les victimes et institutions

Cette décision appelle deux remarques.

La première concerne l’élaboration du rapport d’expertise.

L'absence de pré-rapport dans la procédure CCI

En général, les missions d’expertise judiciaire prévoient le dépôt d’un pré‑rapport et laissent aux parties un délai pour pouvoir déposer leurs dires.

Cette possibilité est très importante, notamment lorsqu’une question n’a pas pu être anticipée, ou a été soulevée lors de l’expertise médicale.

Le dire permet ainsi aux parties de discuter le point en question, d’apporter toutes les pièces nécessaires et de développer un argumentaire auquel l’expert devra répondre.

Or, il n’y a pas de pré‑rapport en procédure CCI : le rapport d’expertise est adressé aux parties en même temps que la convocation à l’audience devant la commission.

La deuxième remarque concerne l’ONIAM.

Quel impact pour l'ONIAM face à une expertise non contradictoire ?

En effet, l’Office national d’indemnisation des accidents médicaux est susceptible d’indemniser, sous certaines conditions, les « accidents médicaux non fautifs » ainsi que les « infections nosocomiales ».

Or, bien qu’il fasse partie de la commission, l’ONIAM n’est jamais présent lors de l’expertise.

Jusqu’à présent, en cas de désaccord avec les conclusions de la CCI, l’ONIAM rappelait au juge que le rapport n’avait pas été rendu de façon contradictoire et sollicitait l’organisation d’une nouvelle expertise, ce qui lui était, dans la majorité des cas, accordé.

Mais si l’expertise CCI peut désormais fonder, à elle seule, une décision judiciaire…

Cass civ 2ème 09.04.2025 n°23-22.998

https://www.legifrance.gouv.fr/juri/id/JURITEXT000051464942

Julien DEYRES

Article rédigé par Julien DEYRES

Avocat spécialiste en Droit du dommage corporel | Qualification spécifique : Défense des victimes.
Expert en handicaps lourds et traumatismes crâniens (enfant/adulte).
Je mets mon expertise technique et mon expérience des assurances au service de votre reconstruction.

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